Ce prix, au travers de trois ouvrages, permet d’ouvrir une fenêtre d’observation sur le monde du travail. Quels enseignements pouvons-nous retirer de cet excellent cru 2023 ?
Par des biais différents, ces trois livres mettent en lumière la complexité de l’environnement de travail et l’importance de la préservation de sa qualité. Il est souvent question du temps : soit trop court dans Le travail pressé (de Corinne Gaudart et Serge Volkoff, lauréats du prix 2023) ce qui nuit à « la réalisation du bel ouvrage » ; soit trop long dans le deuxième corps (de Karen Messing) où les études pointent l’urgence d’adapter les machines et les conditions au corps de la femme ; soit en transformant le temps en allié de la maintenance : arrêter de remplacer et de produire à outrance mais s’inscrire dans le temps pour prendre en compte Le soin des choses (de Jérôme Denis et David Pontille).
Henri Bergeron, directeur de recherche CNRS à Sciences Po, complète ces éclairages de sa propre analyse. A quoi serait dû cette dégradation de la sphère professionnelle ? Beaucoup invoquent le manque de sens. Henri Bergeron soupçonnerait plutôt une dégradation de la coopération avec plusieurs hypothèses explicatives :
- L’absence de projection : en ayant de plus en plus de mal à se projeter, les travailleurs se sécurisent dans « l’ici et le maintenant », ils se replient sur eux-mêmes et la coopération n’a plus sa place ;
- L’augmentation de la charge de travail, qui entraîne de l’anxiété, un besoin de mettre de l’ordre dans ses émotions et donc un repli sur soi ;
- La constante exigence de coordination qui implique des efforts d’organisation, donc une augmentation des règles, des technologies, ce qui entraîne davantage de complexité donc une perte de sens, le tout arrosé de désillusion et d’épuisement moral.
Alors que la coopération s’était révélée si importante pour préserver le travail pendant le confinement, Henri Bergeron en dénonce la fragilisation aujourd’hui.
En écho au message prôné par ces témoignages, Michel Mornet, co-fondateur de Turningpoint, rappelle l’importance de mettre le travailleur au centre des enjeux de l’entreprise, comme une finalité et non comme un moyen.