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True courage - in Memorium Nicolas Riom

Nicolas Riom was a trusted friend and coach with Turningpoint. Sadly, he passed away in September 2018 after a recent cancer diagnosis.  In his memory, we are proud to share with you the text of a inspiring talk he gave in 2016...

« Le vrai courage, c'est la combinaison de la confiance, de la vulnérabilité et de l'audace » – Nicolas Riom

Ce témoignage est en référence aux années où Nicolas tient des postes de direction générale au sein du Groupe Danone : DG de Danone BeNeLux, puis la France et Grande-Bretagne.

Je ne suis pas un manager plus performant qu'un autre, mais j'espère avoir été un leader plus authentique, avoir été plus au service, avoir porté un autre regard sur les pauvretés, sur le rôle de l'économie, sur la finalité de l'entreprise. Un regard qui je l'espère a fait grandir.

Lorsque je regarde mon parcours, je me dis que j'ai eu beaucoup de chances, connu des challenges captivants, fait des rencontres formidables, avec bien sûr des difficultés, des doutes comme tout le monde. Et je crois que ce sont la puissance de la confiance (...) et l'acceptation de mes vulnérabilités (...) qui m'ont le plus marqué et construit (...).

« La confiance donnée m'a fait grandir, m'a donné des ailes, m'a permis d'oser »

Dans ma carrière, deux managers m'ont particulièrement aidé à grandir. Non pas grâce à leur apport stratégique ou à leur compétence (...), mais parce qu'ils m'ont fait totalement confiance, une confiance en moi plus grande que celle que j'avais pour moi-même (...).

Ce qui m'a le plus marqué c'est un regard qui grandissait. Ils voyaient en moi un potentiel, ils me voyaient plus grand que je m'imaginais. Cette confiance, nourrie par la bienveillance, m'a permis de vivre plus aligné avec moi-même, avec mes valeurs. Je pouvais être dans l'authenticité, la proximité, la simplicité, la bienveillance, la gentillesse, et l'exigence. Et j'étais donc plus épanoui et plus performant.

Cette confiance donnée m'a fait grandir, m'a donné des ailes, m'a permis d'oser, de prendre des risques, m'a nourri et motivé, avec l'envie profonde d'être à la hauteur de cette confiance donnée (...).

« Je pense que la bienveillance et la confiance sont contagieuses : d'une certaine façon, la confiance reçue de mon patron faisait des petits ! »

J'ai eu la joie de vivre l'expérience de la confiance avec mon équipe, en tant que patron de Lu Benelux. L'entreprise était en pleine transformation (...), et pourtant nous avions un des plus hauts niveaux d'engagement des employés dans le groupe Danone. Il y avait une clarté et un alignement sur un projet, une vision.

Nous avions aussi développé une culture managériale où la confiance était centrale, faite d'écoute, de respect, de reconnaissance, avec des espaces de convivialité, où l'on célébrait joyeusement les succès, où le droit à l'erreur était une réalité : ceci a libéré la créativité et l'initiative, et créé un certain bien-être (...).

Je pense que la bienveillance et la confiance sont contagieuses : d'une certaine façon la confiance reçue de mon patron faisait des petits ! La confiance et le management bienveillant avaient un impact sur l'épanouissement professionnel des collaborateurs, mais aussi sur leur épanouissement global.

Au moment de mon départ de Belgique, leur témoignage m'a touché aux larmes (...). Je réalisais que notre histoire ensemble, c'était beaucoup plus que de vendre des biscuits : l'importance des liens créés, de ce que nous avions vécu ensemble, qui avait forgé leur identité d'aujourd'hui et leur estime de soi. Je réalisais le rôle social de l'entreprise, l'économie comme créateur de liens.

« En voulant masquer mes fragilités physiques et mes propres vulnérabilités de leader, je pense avoir manqué une opportunité de donner à cette équipe tout son potentiel de créativité »

Danone m'a ensuite proposé de prendre la DG de Danone France, à l'époque le fleuron du groupe (...). J'ai reçu la nouvelle avec un mélange de fierté et d'inquiétude, à tel point que le lendemain matin de l'annonce, j'ai eu un infarctus. Après réflexion, j'ai finalement décidé d'accepter le poste, sans parler de mes fragilités.

Le contexte chez Danone France est vite devenu perturbé (...), et cette expérience, dure, fut un chemin de découverte personnelle (...). Des fragilités se révélaient : difficulté à affronter le conflit, à décider rapidement sans consensus, à prendre des décisions difficiles sur les personnes, affronter le doute sans avoir une personne de confiance avec qui partager, sentir l'inquiétude de l'équipe, accepter d'être impopulaire, sentir aussi des doutes de ma hiérarchie face aux challenges (...).

Ma posture d'authenticité, voire d'humilité me semblait moins pertinente, et je pensais qu'une perception de vulnérabilité par les équipes pouvait être dangereuse dans un contexte de crise. Ma croyance, c'était que dans la tempête, on a besoin d'un capitaine fort qui donne la direction (...). Mais ce leader fort ce n'était pas vraiment moi (...).

Cela s'est traduit par une sur-implication dans les sujets opérationnels alors que j'aurais pu déléguer encore davantage, et accorder encore plus ma confiance (...). En voulant masquer mes fragilités physiques et mes propres vulnérabilités de leader, je pense avoir manqué une opportunité de donner à cette équipe tout son potentiel de créativité. Je voulais être fort et courageux, mais le vrai courage, c'est la combinaison de la vulnérabilité et de l'audace.

« L'acceptation de ma vulnérabilité a été une opportunité de connecter avec les fragilités ou vulnérabilités d'autres personnes, parfois inattendues »

(...) Un an plus tard, j'ai été nommé responsable RH groupe en charge du développement des talents et de l'organisation, engagé dans l'innovation sociétale. Après quelques années dans le poste, j'ai eu un deuxième infarctus. Cette fois ci mes collaborateurs étaient au courant de ma fragilité. (...) J'ai donc du déléguer beaucoup plus.

Il s'est passé de belles choses. Je me suis concentré sur l'essentiel : donner du sens, jouer un rôle de coach en fonction des besoins, reconnaitre l'engagement, féliciter, en fait je m'occupais plus des gens que des projets, et je faisais confiance aux équipes pour mener leurs projets.

Cette confiance s'est révélée pour la plupart de mes collaborateurs une expérience particulièrement apprenante et créatrice. Certains m'ont dit que cette période avait été un moment où ils avaient grandis grâce à l'autonomie et à la confiance donnée.

L'acceptation de ma vulnérabilité a été une opportunité de connecter avec les fragilités ou vulnérabilités d'autres personnes, parfois inattendues. J'avais souvent le sentiment que nos communications était plus authentiques, plus essentielles, plus profondes, et cela n'altérait en rien l'engagement de chacun, au contraire.

Je vous ai partagé un bout de mon histoire, mais c'est mon histoire. Ce qui est important c'est la vôtre. Nous avons tous des talents et des dons différents. C'est important de bien les connaître pour s'épanouir, et vivre pleinement. Tout est bien, et source de joies profondes. C'est plutôt une bonne nouvelle cela, vous ne trouvez pas ?

Nicolas Riom

Nicolas Riom