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Toujours plus fort?

Crise, compétition, pression, résultats… le dirigeant semble voué à une course sans fin vers la performance, à être fort et à aller plus vite.  Dans le même temps, il est de plus en plus fréquent d’entendre un appel à être soi, à exprimer ses émotions, à révéler davantage sa personnalité au travail. S’agit il d’une nouvelle mode, d’un formatage managérialement correct qui viendraient encore alourdir les obligations du dirigeant d’aujourd’hui ? Performance et authenticité sont-elles vraiment conciliables ? 

L’image du leader idéal à laquelle nous cherchons parfois à ressembler, nous éloigne de notre capacité propre à devenir leader. Une posture, une protection, un masque, un mimétisme nous aident à avancer un temps mais finissent par freiner notre développement réel. Ce qui faisait un moment notre force risque de devenir un jour notre faiblesse. Les leaders que nous acceptons de suivre et qui nous font grandir sont certes forts, mais au fond ils nous rejoignent. Ils nous parlent vraiment parce qu’ils sont authentiquement humains avec leurs limites, leurs faiblesses, leur vulnérabilité. Vœu pieux ou discours aimable, comment  tenir cette tension ? 

L’actualité cinématographique récente est révélatrice. Batman est blessé, James Bond l’invincible échoue à l’examen des agents secrets, Iron Man 3 détruit son armure et déclare : « Maintenant je suis vraiment Iron Man. » Dans le « Discours d’un roi », le prince de Galles devient Georges VI parce qu’il accepte de se faire aider et qu’il parvient, malgré son bégaiement, à prononcer le discours qui fera entrer la Grande Bretagne dans la lutte contre l’Allemagne nazie. Dans « Intouchables » le héros du film découvre avec son handicap une nouvelle force pour vivre, plus profonde, plus humaine.

Une mauvaise intégration ou compréhension de la force risquent de nuire à notre lucidité sur nous-mêmes et sur notre écosystème, puis d’ouvrir la porte à la toute-puissance, la dureté, l’imprudence. Le recul de l’historien nous permet de relire l’histoire de Napoléon à l’aune de cette tension entre vertu de force et tentation de la toute puissance. Bonaparte, un temps recours de la République et Pacificateur de la France post-révolutionnaire, est aussi à l’origine de centaines de milliers de mort sur les champs de bataille européens. Napoléon demeure l’initiateur du chef d’œuvre d’équilibre qu’est le Code Civil, et en même temps il est passé à la postérité sous le nom de « l’Ogre » dans toute l’Europe. Enfin le génie militaire, héros d’Austerlitz, s’entête en Russie malgré l’hiver et conduit sa Grande Armée à la débâcle.

La force est une vertu sans laquelle le dirigeant ne pourrait tenir sa mission. Une vertu qui s’entretient et se développe par une bonne connaissance de soi, l’exercice des qualités d’humilité, de confiance et de courage. Notre force passe par l’acceptation de notre faiblesse, constitutive de notre humanité nécessairement limitée. Cette force porte un nom puissant : l’humilité. Pour durer et résister aux coups, demeurer solide malgré les aléas, c’est l’attitude de confiance en soi et de confiance dans les autres qui développe la meilleure des résiliences.  S’il est des zones où chacun de nous sommes plus vulnérables, c’est le courage qui nous permet de résister et de tenir.

« Bienheureux les fêlés car ils laisseront passer la lumière » nous dit Michel Audiard. Force et authenticité se conjuguent naturellement, car il n’est de force durable et reconnue que celle qui se nourrit de ce que chaque leader porte vraiment en lui, avec tout ce qu’il est. Les Gandhi, Mère Teresa ou Nelson Mandela nous l’enseignent, il n’est de leader grand, sans la pleine acceptation de la réalité, la sienne et celle de son environnement.

Michel Mornet

Michel Mornet